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Rencontre avec Mathis,apprenti montgolfier

Publié: 18 juillet 2018 • Catégories: France · Discussions avec des passionnés

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La montgolfière. Une expérience extraordinaire et romantique pour beaucoup, une passion pour d’autres, un mode de voyage unique pour tous. Aujourd’hui je partage avec vous mon interview d’un jeune passionné de montgolfière pour parler sensations de vol, mini- montgolfière et culture de l’osier.  
 
Bonjour Mathis ! Peux-tu me parler un peu de toi ?
Je m’appelle Mathis Garcia-Conquet, j’ai 21 ans  et je suis originaire de Toulouse dans le sud de la France. Je vis à  Bagnères de Luchon en haute Garonne, au cœur des Pyrénées. On l’appelle aussi «  la Reine des Pyrénées » C’est  une ville vraiment agréable avec  une station thermale, une station de ski  et de nombreuses activités « Outdoors » comme le parapente, le VTT Cross, le planeur et des initiations nature 
 
D’où t’es venu la passion de la montgolfière? Qu’est ce qui t’y a amené ? 
Je suis né bricoleur, dès mon plus jeune âge, j’aimais démonter, décortiquer les objets électroniques  puis les reconstruire à ma façon, j’aimais découvrir comment ça fonctionnait. Vers 12/13 ans j’ai découvert qu’il existait des mini montgolfières. L’idée me plaisait beaucoup car j’ai toujours été fasciné par tout ce qui vole mais en acheter une était beaucoup trop cher pour moi à l’époque (Il faut compter environ 2000€ pour le modèle le moins cher) C’était décidé : puisque je ne pouvais pas m’acheter de montgolfière j’allais m’en construire une ! J’ai passé plus d’un an à faire mes recherches, à aller sur les blogs et forum où l’on ne me prenait pas au sérieux (un gamin avec un rêve d’enfant, je suppose) mais je ne me suis pas découragé.  Pour mes 14 ans, je me suis commandé LA PIECE maitresse d’une mini-montgolfière : le bruleur. Je me souviendrai toujours l’émotion que j’ai ressentie d’avoir en main ce petit bijou, ce bruleur miniature fait comme les grands. Maintenant qu’il était là,  je savais que quel que soit le temps que cela me prendrait  j’aurais ma mini montgolfière et je la  ferai voler ! Petit à petit avec mes économies, je me suis acheté le mécanisme lié au bruleur. (Mini bouteilles de gaz, tuyaux de gaz, radiocommande…..)
 
Tout ça était bien compliqué à comprendre à mon âge, j’ai passé plus d’un an a étudier le mécanisme sous le regard bienveillant de mes parents qui étaient vraiment désolés de ne pouvoir m’expliquer eux même le mécanisme mais qui m’ont pourtant toujours encouragé à persister dans ma passion surtout dans les moments un peu à vide et je les en remercie encore aujourd’hui !J’ai fait plusieurs tentatives de plan pour construire le ballon. J’étais toujours à l’affut d’un mini ballon d’occasion mais ça restait encore trop cher pour mon budget d’ado. C’était frustrant d’avoir tout le mécanisme sans pouvoir le  placer dans une nacelle. Je me suis donc lancé dans la construction d’une nacelle. J’étais novice en matière de vannerie. Je me suis acheté des bouquins et je me suis plongé dans des tutoriels trouvés sur You Tube. S’en sont suivis un certain nombre de calculs fastidieux pour en déduire que mon ballon ferait 30m3 donc que ma nacelle prête à voler ne devrait pas dépasser les 3,7 kilos.  
 
L’avantage de construire ma propre nacelle était de la faire comme je voulais, je pouvais donc prévoir et adapter les emplacements pour l'équipement et bien sûr le bruleur. Après quelques ajustements, j’avais en mains une nacelle avec un bruleur qui crachait une belle flamme  et tout ça construit et commandé par  mes propres mains !!!Il ne restait plus que le ballon ! Je suis tombé par hasard sur l’annonce de quelqu’un qui vendait son ballon de mini montgolfière de 30m 3 pour 450€. Toutes mes économies y sont passées mais je me souviendrai toujours du jour où j’ai assemblé la nacelle, le bruleur et mon nouveau ballon.   Ce jour là le jardin de mes parents s’est transformé en piste de décollage. Je m’étais bricolé un petit ventilateur et le ballon se gonflait doucement. Je me souviens d’avoir regardé mon ballon se dresser devant moi, majestueux et imposant. J’étais stressé a l’idée que le ballon ne crève sur les branches des arbres de notre jardin (car mine de rien le ballon faisait 3,50m de haut sur 3m de diamètre) et j’étais tellement impatient, émerveillé, fier et soulagé de voir que ces 3 années de galère pour apprendre à construire une montgolfière j’ai pu voir mon rêve se réaliser devant moi. C’était magique !
 
 
Raconte-moi ton premier vol en montgolfière 
Mon premier vol en montgolfière  était dans le Gers et  m’a était offert par mes parents, pour mes 16 ans. Il n’y a rien de comparable que je connaisse en « engin volant » pour les sensations. C’est une promenade dans les airs ou tout est paisible. On se croirait sur un nuage, tout est silencieux excepté le bruit du bruleur qui m’est devenu familier et que j’aime entendre. On est en symbiose avec la nature,  les pieds posés sur du rotin couvert d’un tapis de mousse, un filet d’air doux et apaisant vous caresse les joues et les yeux fixer sur l’horizon. On voit défiler les paysages vallonnés du Gers… Un superbe moment du décollage jusqu’à l’atterrissage.  
 
 Maintenant que j’ai eu l’occasion de voler a de nombreuses reprises je pense qu’aucun vol n’est lassant, quelque soit la région. On peut surplomber les villages au soleil couchant, découvrir des lacs, longer des cours d’eaux brumeux, venir effleurer la cime des arbres, admirer l’horizon ou survoler des champs comme des plaines. Cette sensation de liberté et de plénitude est incomparable. Le paysage défile sur 360 degrés. On ne se sent pas petit au milieu de cette immense étendue mais plutôt en symbiose avec les éléments. A peine au sol j’avais déjà la tête pleine de nouveaux projets  que j’ai commencé à réaliser!   
                         
Quel est le meilleur moment pour voler ?
Comme dit l’adage le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. On verra  rarement voler des montgolfières en plein après-midi car l’aube et le soleil couchant sont les moments de la journée ou il y a le moins d’instabilité dans l’air. De plus, plus  il fait chaud, plus il faut chauffer l’enveloppe pour pouvoir décoller.  Ce qui fait que l’enveloppe peut s’abimer prématurément. C’est pour ça que l’on évite les vols en pleine journée.
 
  
Comment dirige-t-on une Montgolfière ?
On ne dirige pas mécaniquement une montgolfière. On peut seulement agir uniquement sur la monté ou la descente du ballon et l’on se sert des différents courants d’air  pour se déplacer de droite à gauche. 
 
Peut-on voler en hiver ?
La plupart des pilotes rangent leur montgolfière durant la période d’hiver car celle-ci est sensible à l’humidité cela favoriserait la moisissure.  Le tissu  du ballon doit être sec avant d’être replié ce qui rend le séchage en hiver est compliqué et fastidieux. Dès que le printemps revient les pilotes sont sur le qui-vive pour sortir. L’important est qu’il ne pleuve pas car les gouttes d’eau viennent perler sur le tissu, alourdissent l’enveloppe et la refroidisse. Résultat la montgolfière redescendra plus vite… Les conditions optimales sont soleil et un vent faible.    
                     
Quand as-tu intégré la grande famille des fans de montgolfières ?
J’ai commencé à me rendre à des grandes manifestations de Montgolfières il y a 4 ans avec ma famille a l’occasion des 30 ans des Montgolfiades de Rocamadour. J’en ai  profité  pour faire une démonstration de ma Mini–Montgolfière avec sa nacelle faite main.  Un pilote m’a proposé de monter avec lui dans sa nacelle et voilà comment je me suis retrouvé au lever du soleil,  surplombant Rocamadour et le Lot entouré d’une trentaine de montgolfières.
 
 
 
 
Un moment extraordinaire à admirer les paysages du Lot. C’est là que j’ai intégré le milieu des Montgolfiers. Un pilote m’a pris sous son aile et m’a fait découvrir la montgolfière grandeur nature. Au fil du temps, il m’a guidé vers le brevet et  aujourd’hui,  c’est devenu mon instructeur ! Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir emmené jusque-là. Je le suis dès que je peux dans les manifestations du sud de la France. L’an dernier les organisateurs de la Montgolfiade de Rocamadour m’ont proposé de faire des animations dans le village avec ma mini montgolfière pendant la Montgolfiade. L’idée était plutôt chouette et voilà comment j’ai fait ma première représentation et mes premiers baptêmes de doudou devant les yeux émerveillés des enfants et de leurs parents !
 
Depuis, j’ai participé à plusieurs manifestations dont le but est de récolter des fonds pour des associations caritatives  ou pour de grands évènements comme  « Le Mondial Air Ballons » qui a lieu tous les deux ans à Chambley, en Lorraine. C’est l’occasion de faire de belles rencontres comme lors du « le championnat de France » de montgolfière qui a lieu tous les été !  Le monde de la montgolfière, c’est avant tout un travail d’équipe avec une véritable implication. Un pilote n’est  jamais seul même si est parfois seul dans son ballon. Il faut être plusieurs à pour déployer l’enveloppe au sol, il faut être plusieurs lorsqu’elle se gonfle, pour tenir la nacelle et pour la ‘récup’ une fois le vol terminé. Au final,  il faut être au moins trois pour former une équipe mais on est souvent beaucoup plus surtout sur des manifestations. C’est un travail d’équipe et  de passionnés.  
 
Quels sont tes projets?
En ce moment, je suis en train de passer mon brevet de « Pilote de Montgolfière ».Il faut d’abord obtenir le certificat  d’aptitude demandé par la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile). Pour l’obtenir il faut cumuler au minimum 17 H de vol et 14 H de théorie. La formation est assez longue puisqu’il faut voler sur les quatre saisons de l’année pour mettre en avant toutes les difficultés liées à chaque saison. J’en suis à la 4ème heure de vol, effectuée cet été. Mon instructeur possède un carnet et moi aussi. Sur le mien, je note les heures de vols que j’ai effectuée et mon instructeur note les remarques, les acquissions ou les choses à revoir. Les deux dernières heures seront consacrées à « l’examen final » et seront effectuées en vol solo, assisté par mon instructeur au sol relié par radio sur des fréquences réservées à l’aérostation. Enfin l’instructeur envoie nos carnets et commentaires à la DGAC qui valide généralement le Brevet.
 
Je viens de terminer un autre projet : Cet hiver j’ai suivi une formation vannerie dans les Vosges et je me suis lancé dans la confection d’une nouvelle nacelle, encore plus perfectionnée que la précédente. J’ai commencé à planter de l’osier dans mon jardin le but serai d’arriver à produire suffisamment pour pouvoir approvisionner ma construction de nacelles.  
 
        
Récemment je viens de vendre ma première nacelle au club Aérostat de Rocamadour. J’ai mis presque 10 mois pour réaliser ma nacelle ce qui est assez long car je me suis uniquement basée sur des photos et mes calculs. Mais j’ai adoré tresser ! C'est une activité reposante et apaisante. L’osier est une matière noble à travailler, encore plus quand on travaille avec l'osier qu'on a planté et arrosé ! Il faut compter une année complète avant de pouvoir récolter les brins d’osier. C'est la pousse de l'année qui forme une tige droite  que l’on coupe pour obtenir des tiges aux alentours du mois de janvier. Il faut alors  triller l’osier brin par brin pour s’organiser afin d’avoir le diamètre dont j’aurai besoin par la suite. Une fois le tri terminé on attache les brins ensemble pour en faire une botte, et on les place dans un fond d'eau, jusqu'au printemps. C’est là que l’on peut  «peler l’osier »  pour les rendre "blanc". Une fois l’opération terminée il faut le faire tremper dans l’eau pour le débarrasser de sa sève, le faire sécher et enfin le stocker. Comme tu peux le voir l’osier représente beaucoup de travail, maisc'est ce qui rend ce matériau noble ! Quel plaisir de le faire voler...      
            
 
Je finirais en disant que le monde du ballon est avant tout un monde de partage. Un partage d’histoire, de sensations, d’entraide ou tout simplement le partage d’un bon repas autour de spécialités régionales. Le monde du ballon est une grande famille dont je fais dorénavant parti ce qui est une grande fierté pour moi !

 L’aventure continue pour Mathis suivez le sur Instagram pour suivre l’évolution de ses projets !

 
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